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Le triptyque climatique : narratif, contradictions et culpabilisation

Le « climat » est devenu un « narratif » destiné à obtenir un comportement de l’opinion publique et lui faire accepter un ensemble de mesures en le mettant devant le fait accompli, qu’en général le citoyen, apeuré, accepte. Toute cette idéologie s’articule autour de la peur. Bien entendu, cela n’a pas  commencé avec le climat, au départ, tout partait de l’environnement mais la peur n’a jamais cessé de monter.

Narratif

L’idée nait au départ du Rapport Meadows (Les Limites à la  croissance dans un monde fini) commandé par le Club de Rome et publié en 1972. Il avait été présenté en 1971 lors d’un grand colloque et il est issu d’une simulation informatique qui vise à faire prendre conscience aux décideurs d’une pénurie prévisible des ressources énergétiques et minérales et des conséquences du développement industriel sur l’environnement. On y trouve pour la première fois les notions de développement durable et d’empreinte écologique. Les conclusions du rapport annoncent un avenir inquiétant pour l’humanité : si rien n’est mis en œuvre pour stabiliser la population et la croissance industrielle, le système planétaire va s’effondrer. D’où un appel à la « croissance zéro », sans préciser les mesures à prendre. En juin 1992, viendra ensuite le sommet de la Terre de Rio : la détérioration de l’environnement, notamment de sa capacité à entretenir la vie, et l’interdépendance de plus en plus manifeste entre le progrès économique à long terme et la nécessité d’une protection de l’environnement. Viendra encore le protocole de Kyoto (COP3) le 11 décembre 1997 visant à réduire, entre 2008 et 2012, d’au moins 5 % par rapport au niveau de 1990 les émissions de six gaz à effet de serre. On va commencer à parler de « développement durable » et là la culpabilisation commence : pensez aux générations futures, quelle planète allez-vous laisser à vos enfants ? La culpabilisation passe toujours par l’enfant car c’est notre chair, ça nous parle à tous et surtout ça nous fait peur à coup sûr. La politique moderne a recours là à une méthode particulièrement toxique consistant à appuyer sur l’empathie des gens (idem pour les personnes âgées lors de la crise Covid) pour les culpabiliser, et donc les manipuler (obtenir un comportement).

Culpabilisation 

Cette culpabilisation était encore légère et supportable jusqu’alors. Jusqu’à ce que le système s’emballe pour parvenir à nous toucher réellement. C’est ainsi que la COP 21, qui donnera les accords de Paris du 12 décembre 2015, s’arrêtera sur des objectifs trop ambitieux et donc inatteignables. L’environnement et le développement durable, ça ne prend pas. Cela ne fait pas assez peur. Il faut de l’immédiateté, quelque-chose qui culpabilise pour modifier les comportements immédiats. Le narratif Covid-19 ayant bien fonctionné avec la « peur de mourir » d’un virus (Naomi Klein – stratégie du choc), l’ingénierie sociale ayant pu être efficace, le test de docilité fut réussi. Il ne restait plus qu’à faire glisser cette peur du virus sur une peur de mourir d’une catastrophe climatique. C’est alors que le monde politique va ressortir un concept de 1994 (Convention-cadre des N-U sur le changement climatique) et l’adapter : ce sera le climat (qui va être adapté politiquement avec la COP 21). Au départ, le concept partait du « réchauffement climatique ». Mais comme le concept a été contesté par des scientifiques – que l’on s’est empressé de décrédibiliser – et afin d’éviter les débats avec trop de « climato-sceptiques », il lui a été préféré un concept plus flou, plus fluide, plus opérationnel, plus « générique » : est arrivé le « dérèglement climatique ».

Le changement climatique désigne « l’ensemble des variations des caractéristiques climatiques en un endroit donné au cours du temps : réchauffement ou refroidissement ». Ce nouveau concept permet, via le climat de dépasser la notion de respect de l’environnement en intégrant, au-delà des gaz à effet de serre, la surconsommation des ressources et leur finitude.

Et là est tout l’enjeu : quand on parle de gaspillage des ressources, il faut un coupable. Et les pouvoirs publics internationaux comme étatiques en ont trouvé un tout désigné, car c’est celui qui dispose le moins de lobbies et de moyens pour se défendre : le peuple et plus précisément les classes moyennes. Pour faire simple : les « gens normaux ». Il y a là une lâcheté politique inhérentes aux pouvoirs publics car, outre ses objectifs indicibles, s’attaquer à la population désarmée est bien plus facile que de s’attaquer aux industriels, dans un système néolibéral construit sur le « capitalisme de connivence ».

Avec en France un président populicide et démophobe, cette cause était donc parfaite pour appuyer sa politique darwinienne et malthusienne. Le climat est donc très vite devenu le prétexte à toutes les politiques vexatoires, de fiscalisation excessives et d’entrave des classes moyennes et plus largement le peuple. L’acmé d’une telle politique s’est vue en 2017 avec TICPE, au point qu’elle a donné naissance au mouvement des Gilets Jaunes ; ça ne s’est plus arrêté depuis : interdiction des véhicules thermiques à la vente pour 2035 (sur laquelle l’Allemagne revient !), ZFE, propositions de pass climat, substitution de la viande par les insectes… Toutes les politiques publiques et décisions administratives justifiées par le climat touchent systématiquement les populations et l’individu. Elles touchent les masses et dépend toujours des moyens dont on dispose afin d’implicitement en exempter les élites. Quelques-unes touchent le PME et les petites entreprises, mais les multinationales jamais. C’est justement de là que vient le problème. 

Contradiction 

Chaque grande catastrophe est signée par une multinationale et la méthode capitaliste (et ne parlons même pas de la fracturation du gaz de schiste ou de l’extraction des sables bitumineux). Recourir politiquement au concept de climat permet d’oublier la pollution lourde des industriels aux produits chimiques et toxiques pour accuser les masses et les entraver dans leurs quotidiennetés.

Cela s’observe de façon flagrante :

  • Le 3 février 2023, à East Palestine dans l’Ohio, le déraillement d’un train de 50 wagons de la Norfolk Southern et l’incendie qui a suivi, en partie déclenché par les autorités pour éviter des explosions, provoque l’évacuation de la moitié des habitants dû au relâchement d’une grande quantité de chlorure de vinyle, composant toxique et hautement cancérigène en imprégnation chronique. Cette catastrophe, qualifiée de nouveau Tchernobyl) a causé une importante contamination de la faune et la flore dans la région. Le fleuve Ohio se jetant dans le Mississipi et les grands lacs, des dizaines d’Etats seront touchés par ces dioxines très persistantes. Ce n’est toutefois pas la seule : les Etats-Unis ont actuellement en moyenne un accident chimique tous les deux jours selon l’EPA au point que certains parlent de « sabotage écologique de masse » (30 incidents chimiques par déraillement de train, accident de camion, rupture de pipeline, déversement, fuite d’installations industrielles et 470 incidents depuis avril 2020). L’Europe n’est pas en reste : incendie d’un entrepôt de 12000 batteries au lithium de Bolloré Logistics à Grand-Couronne, incendie dans un stockage de polystyrène à Gröningen aux Pays bas le 13 février, provoquant un nuage cancérigène invitant les populations a fermer leurs fenêtres…
  • En France, on oublie toutes les pollutions pour ne se souvenir que des plus grandes car médiatisées (Amoco Cadiz 1978 ; Exxon Valdez 1989, Erika 1999, Prestige 2002) mais il faut réaliser que le pays est entièrement pollué par les activités industrielles : déchets de guerre, décharges marines de munitions, perchlorates, boues de dragage, Polychlorobiphényles-PCB cancérigènes, amiante, conteneurs tombés à l’eau, chlordécone aux Antilles, Glyphosate, néonicotinoïdes, déchets nucléaires, sans compter tous les autres polluants mutagènes et reprotoxiques (de très bonnes cartes montrant le désastre ont été publié dans l’Atlas de la France toxique de l’Association Robins de bois (Arthaud, 2016) comme le distilbène, bisphénols, dioxines des agro-industriels. Le citoyen ordinaire est peu prescripteur et donc assez peu responsable des initiatives industrielles à l’origine de ces méga-pollutions. Très souvent, cela se passe par ailleurs dans son dos car si le peuple en était conscient, il s’opposerait aux pratiques industrielles menant à ces pollutions, même si elles sont invoquées come faites « dans son intérêt » – ce qui reste très hypocrite.
  • Un seul paquebot de croisière émet une quantité impressionnante d’oxyde de soufre : elle est équivalente à un parc automobile d’un million de voitures (sachant que la teneur en soufre dans le fioul maritime ne doit pas excéder 3,5 %… contre 0,001 % dans le diesel automobile), il y a 93 161 navires de commerce dans le monde pour 932 millions de tonnes de CO2 émises en 2015, les combustibles marins sont responsables chaque année de 250 000 décès prématurés en moyenne (source : France Nature Environnement et Agence française pour la biodiversité). Pourquoi donc s’acharner à ce point uniquement sur la voiture individuelle dont le citoyen n’a aucune alternative ? Le prétexte du climat permet certainement de maquiller d’autres politiques aux objectifs plus indicibles comme organiser l’écœurement de l’automobiliste en zone urbaine.
  • Le transport aérien, en plein développement, fait l’objet d’une campagne mensongère autour de la « honte de voler », il faut rappeler que les émissions du transport aérien représentent seulement 2,8 % des émissions des transports et 0,8 % des émissions totales de gaz à effet de serre.
  • Les politiques publiques se font le chantre des transports en commun, notamment en ville. Pourtant, l’air du métro des sept villes françaises qui en disposent est en moyenne trois fois plus pollué que l’air extérieur urbain (source Anses) et cette pollution est très mal mesurée et surveillée car sans doute un peu gênante à justifier politiquement.
  • Nous n’aborderons même pas l’hypocrisie de la voiture électrique qui pollue 2 fois plus que la thermique depuis l’extraction des métaux nécessaires à sa fabrication, jusqu’à sa mise au rebut (85 études disponibles en ce sens) et cela pour un coût bien plus élevé – inaccessible à certaines classes sociales ; ajouté à la tendance des constructeurs à proposer massivement des SUV à la vente, ce qui se faisait encore peu il y a 20 ans… (en moyenne rejets deux fois plus élevés que celles d’une voiture petite et moyenne).
  • Où est l’enjeu citoyen dans tout cela ? Quand les populations ont-elles été consultées ? Rappelons l’article 7 de la Charte de l’environnement de 2005, intégrée au préambule de la Constitution : « Toute personne a le droit, (…) de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement ».

Nos politiques publiques en lien avec l’environnement sont trop incohérentes pour être prises au sérieux, paradoxales et souffrent d’une énorme contradiction difficile à expliquer. Sauf à y voir les enjeux cachés, non-dits. Dès lors, cette contradiction s’éclaire et prend sens.
Il apparaît, si l’on analyse non pas l’objet (affiché) mais les effets  (subis) de ces politiques, que celles-ci constituent davantage aujourd’hui un instrument de mise en œuvre d’une guerre de classe. L’instrument d’une élite afin d’asservir et de culpabiliser les masses, sans doute au nom d’une peur de manquer, de perdre ses avantages et son confort, de le partager avec la masse qui a paradoxalement pu profiter d’une croissance surabondante et continue depuis les années 50 que lui ont permises ces élites, notamment industrielles. Après avoir ouvert aux masses l’abondance, il s’agirait tout à coup avec cette prise de conscience, à leur retirer l’accès à la voiture, au pavillon individuel, au voyage, au droit au progrès. En somme, de leur « pourrir la vie » car ils sont désignés coupables du changement climatique (vivriez-vous vraiment heureux dans un monde pollué par les industries du capital, mais dans lequel vous ne pourriez voyager, vous déplacer librement, compter ce que vous mangez ? Est-on sérieux ?). Ces politiques, dans leurs contenus, sont à tout le moins révélatrices d’une néo-lutte des classes. En effet, selon ses moyens (et sa CSP donc) on y échappe plus ou moins facilement. Les industries polluent, les citoyens assument la responsabilité et paient les dégâts ? On voit bien le caractère fondamentalement inique, injuste, lâche, ainsi que la rupture d’égalité de l’idéologie au fondement de ces politiques.

Concluons par deux idées-forces :

  • L’individu n’est pas une « ordure » et ne doit pas être présumé comme tel dans les présupposés politiques (respect de la dignité humaine) juste pour pouvoir le culpabiliser à loisir. Il faut arrêter de le culpabiliser de façon hypocrite dans le seul but de l’asservir et le climat ne doit pas être un prétexte à des restrictions de libertés excessives
  • Le capitalisme néolibéral doit admettre qu’il est la cause principale de la pollution environnementale et se remettre en question. Ce qui sera difficile tant sur le fond que la forme. Sur le fond, car le néolibéralisme se conçoit sans alternative. Sur la forme, avec le capitalisme de connivence et avec ses lobbies puissants et bien financés, il a la main sur ses prestataires que sont nos politiques.

Le citoyen déchainé

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